Feuilles mortes

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Tous les jours, le battement trop rapide de mon palpitant me le rappelle : si je ne me dépense pas régulièrement, mon cœur va littéralement imploser sous la somme de problèmes qui s’accumulent quotidiennement au boulot. Beaucoup d’adverbes dans la phrase précédente, place désormais aux verbes d’action ! Je profite d’une semaine où mes horaires sont fixes et permettent d’envisager une incursion dans un parc public (point trop tôt n’en faut), pour me jeter à corps perdu dans une démarche de reprise-des-bonnes-habitudes. Ça commence mal, j’ai déjà loupé le coche hier (lundi).

Pour me mettre dans le bain mentalement et me détimidiser de sortir le cul cuir nul, j’ai mis un premier réveil une demi heure avant le départ top chrono. Excellente idée qui m’a permis d’à la fois de me vider et de me réhydrater (ce qui est bof bof au niveau sensations juste avant de s’élancer).

Nuit aux trois quarts opaque et petite fraîcheur, ça change de l’aube chaleureuse et (trop) lumineuse de l’été. Où l’impression de se donner en spectacle n’est pas qu’une impression. Où le sol mord les semelles du pied dès les premiers cents mètres.

Ne nous leurrons pas, je le sentirai un peu le revêtement abrasif puisque ça fait presque 4 mois que je n’ai pas véritablement couru. Certes, je marche le week-end mais chaussée en minimalistes, c’est une autre dimension qui n’a de point commun que la foulée (et encore), point le feeling. Cependant, pendant les 80% de mon run, le retour sera plutôt agréable. Malgré la pénombre qui masque mes pieds et m’empêche le plus souvent de discerner visuellement les potentiels obstacles ou gravillons-à-la-con. De quoi ébranler la théorie du « verre brisée » qui conforte généralement les coureurs chaussés à grand renfort de drop de ne surtout jamais ôter leur chère protection.

Faut que ça sorte et que je le dise : Pat est décédé il y a deux semaines. LE Pat Pied Nu du RIB (Le Rendez vous International des Barefooteurs). Un gars simple, généreux, posé et volubile à la fois, qui ne parlait ni ne se plaignait jamais de ses problèmes de santé. Il nous faisait des comptes-rendus de nos sorties belges et parisiennes aux petits oignons. Loin de minimiser sa maladie, je n’arrive pas à réaliser. Le jour où je l’ai appris, je me suis pris une baffe terrible. Sa perte est énorme, on se voyait peu du fait de la distance mais il nous apportait tant. J’ignorais qu’il était bouddhiste à l’instar d’autres sympathiques va-nu-pieds du forum et, même si je connais assez mal cette philosophie, je trouve que ça lui va bien.

A chaque fois que je marcherai ou courrai pieds nus, il sera à mes côtés. A chaque fois que j’ai besoin de me calmer (comme en ce moment), le simple fait de penser à lui m’apaisera et j’essaierai de prendre du recul. De me rappeler quand il me racontait sa vie à Liège avec son chat, l’histoire de certains bâtiments emblématiques, son exposé sur la tourbe dans un parc naturel, lui faisant le guide sur un sentier pieds nus, lui complétant l’exposant de l’intervenante au jardin des plantes. Rien que d’écrire ses lignes, j’entends résonner sa voix au débit caractéristique teintée d’un accent régional, et les larmes me montent au nez, mais ce ne sont pas des regrets : il s’agit de la joie et de la chance (que je mesure) de l’avoir connu. P*tain, ce type était vivant et ne faisait pas semblant d’exister ! Bel exemple à suivre. 

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Inspiration, expiration : retour à la civilisation. Seul le bruit régulier de ma respiration en quête d’oxygène me relie à mon environnement. Sur le boulevard où la circulation est déjà saturée de bonne heure, je dois revenir à la réalité pour réussir à la fois à amortir le bruit de mes pas sur les feuilles mortes et à slalomer habilement entre les piétons qui marchent en zigzaguant, les yeux rivés sur leur smartphone. Que peut-il y avoir de plus important que la vie et le paysage autour, le rideau de la nuit qui s’évanouit discrètement ? Dans ce microcosme aussi grouillant qu’un marché, j’éprouve quelques difficultés – un peu comme en photo – à faire la mise au point et à me concentrer sur le volume de mon souffle, ma foulée, ma posture. Une dernière accélération sur le faux plat et me voici chez moi. Ca[l]mée pour la journée.

NB : les stats sont quelques peu faussées car je n’avais pas activé l’auto-pause (spéciale dédicace aux feux rouges).

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